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TRAFIC ILLICITE DE BOIS Les forestiers ruminent des «rancœurs noires»

«Le cœur de chaque forestier saigne présentement et des rancœurs noires sont ruminées». C’est par ce cri du cœur que nombre d’experts des Eaux et Forets ont voulu faire entendre leur désarroi, par rapport au débat interminable suscité par la spoliation de 300.000 tonnes de bois rose provenant de la forêt casamançaise vers la Chine, ce depuis seulement l’arrivée au pouvoir du Président gambien Adama Barrow, en 2017.
Un véritable fléau qui menace l’écosystème de la Casamance et nécessite une collaboration entre le Sénégal et la Gambie, pour mettre un terme au trafic illicite de bois qui requiert un alourdissement des peines encourues par les trafiquants de bois et leurs complices. D’où la tenue du récent conseil présidentiel mixte, à Dakar, pour entre autres, mieux faire face à la dégradation des forêts, la mise en péril des conditions de vie des populations des deux pays, l’appauvrissement de la biodiversité. Selon nos interlocuteurs, des experts en la matière, « cette situation est le résultat d’un long processus de sous-équipement, de sous dotation en personnel et d’ignorance progressive des pratiques forestières de base et d’aménagement acté ». Il s’y ajoute « la longue absence d’un dialogue forestier Sénégambien  (dont  les  fameuses  tournées conjointes Sénégalo-gambiennes le long de la frontière) qui avait à l’époque sauvé les grands massifs frontaliers de la forêt sénégalaise ». Nos forestiers disent se souvenir de « l’envahissement de la forêt de Baria à partir de la Gambie alors sévèrement réprimé par l’Inspection régionale du Sine-Saloum d’alors. Ils regrettent que « Malick Fall ne soit malheureusement plus parmi nous, hélas, mais Amadou Ndiaye, lui, se souvient ». Ce qui aujourd’hui à aggravé la situation, pensent-ils, c’est un « double banditisme d’Etats », qui, selon eux, se traduit par le terme américain de « Rogue state » (Etat voyou). Et de souligner : « Oui la Gambie pays frère et la Chine, pays ami, se comportent ici en «Etats voyous». On avait espéré avec l’avènement de l’ère Barrow que les nuages sulfureux voisins allaient être balayés, mais ce n’est pas le cas». Ils remarquent qu’« il y a une alliance de la corruption d’acteurs des Administrations et de certains gros bonnets Gambiens et/ou Sénégalais, maniant FCFA et DALASI dans un environnement  humain  pauvre    (zahir  et baatin) ». Aujourd’hui, selon nos interlocuteurs, « c’est la tempête qui se joue de nouveau  après  l’incident  précurseur  des Bayottes dont on n’a pas tiré suffisamment les leçons ». La sortie de crise demandera, à les en croire, de « poser des actes spectaculaires mais pratiques sur le détail desquels ARAFS est outillé pour aider ». Des « têtes vont tomber », disent-ils avoir entendu de partout. Et de penser que, « si c’est le cas », des « innocents paieront ». Et d’ajouter : « des têtes ne manqueront certes pas de tomber, mais cela devrait arriver en connaissance de cause, à la suite d’enquêtes sérieuses, de discussions de fond et d’orientations ultérieures de l’organisation forestière en Casamance… ». Ils se veulent d’avis que « Si l’on tombe sous le coup de l’émotion, avec des accusations faciles à tout vent, rien ne sera réglé ».

Cheikh CAMARA LE TEMOIN

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