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POUR METTRE FIN A L’ERRANCE DES TALIBÉS A THIES L’OPÉRATION «WAGNOU DAARA» EN BRANLE

L’image d’enfants errant participe au décor de la ville de Thiès. Et en cette période de pandémie de coronavirus où ils sont exposés, ces enfants se déversent dans la rue tels des abeilles, errant d’un coin à un autre comme si de rien n’était. C’est pour les éloigner de la rue que le maire Talla Sylla, a initié l’opération « Wagnou Daara » consistant à offrir chaque jour des repas à 10.000 talibés des Daaras de la ville. Ceci pour les confiner dans leur lieu d’apprentissage. L’initiative de l’édile de la cité du Rail lui a valu le titre de « Père des Talibés » et a fait tache d’huile sur l’étendue du territoire national où de bonnes volontés ont pensé devoir réagir devant « l’abominable spectacle de ces enfants-talibés ayant besoin de protection parce que très vulnérables.

Adhésion du porte-parole Khalife des Mourides

Le spectacle désolant de talibés ou jeunes mendiants errant et squattant la nuit les abords des stations d’essence, restaurants ou hôtels et avenues de la cité du Rail est perçu comme un fait inacceptable. Ce qui pousse de bonnes volontés à appeler que ce décor soit ôté des yeux des populations. Celles – ci en appellent à la protection des enfants. C’est ainsi que le maire de Thiès, Talla Sylla, a mis en place un ambitieux programme que la ville déroule. Ceci en relation avec toutes les autorités compétentes envue d’enrayer le mal de la ville. Une décision à laquelle les habitants ont spontanément adhéré en décernant un satisfecit à leur maire tout en magnifiant sa philosophie autour de l’opération«Wagnou Daara». Celle-ci a fini de transformer la cour arrière de l’hôtel de Ville en une gigantesque cuisine. Plusieurs centaines de talibés sont ainsi restaurés quotidiennement dans le cadre de la stratégie globale de lutte contre la propagation du Covid- 19. Talla Sylla a réussi ainsi à créer les conditions d’un confinement de cette couche vulnérable à travers une gestion saine. Et c’est un réel plaisir aujourd’hui de se promener dans les rues de Thiès et de remarquer que l’errance des « Ndongo daara » a considérablement diminué. Un décor qui jure d’avec un passé récent où les enfants-talibés se comptaient par milliers. Chaque après-midi de grosses marmites sont visibles dans la rue. Et ce sont plusieurs talibés qui se retrouvent autour pour se restaurer. Des enfants qui viennent de tous les coins et recoins de la ville et ce, jusqu’au niveau des Daaras des villages environnants et des communes de Fandène et Keur Mousseu. De ce fait, ces bouts de choux n’ont plus besoin d’errer dans les rues pour se procurer leur pitance. Une initiative visant à mieux les protéger face à la Covid19. La décision du maire est ainsi hautement appréciée par le porte-parole du Khalife général des Mourides, Serigne Bass Abdoul khadre, qui avait doté une importante quantité de riz au maire de la ville dans le cadre du renforcement de ces « Wagnou Daara ».

Une large concertation

Pour gagner la bataille de la transmission communautaire, celle-ci étant devenue l’alpha et l’oméga de la menace dans la ville aux-deux-gares, l’édile de la ville s’était résolu à cuisiner 99 marmites par jour pendant 99 jours. Ceci pour 10 mille talibés quotidiennement. L’équivalence d’une dépense quotidienne de quatre millions de FCFA. L’opération est exécutée par une plateforme d’acteurs communautaires et pilotée par la municipalité. Après un test, le mardi 14 avril et qui avait ciblé 2.000 talibés, la plateforme a élargi, le lendemain, sa cible à 6.000. Depuis le jeudi 16 avril, l’opération cible 10.000 talibés. Soit une dépense quotidienne de 3.887.500 francs CFA, l’équivalent de 400 francs par talibé et par jour. Les acteurs, c’est à dire les « Yaayi Daara » (marraines d’écoles coraniques), délégués de quartiers, chefs religieux, bajenu gox (marraines de quartiers), étudiants, ASC, éclaireurs, inspecteurs de l’éducation, entre autres, rappellent la nécessité de confiner les talibés, des cibles très vulnérables et très mobiles, dans leur lieu d’apprentissage. Une façon de les sécuriser en même temps que toute la société.

« Ces enfants, au-delà d’être une cible vulnérable, sont aussi une cible très mobile, car ils se déplacent de maison en maison, de service en service, de marché en marché. Dans ce contexte de transmission communautaire, s’ils ne sont pas confinés dans les Daaras, il y a un énorme risque », a expliqué le maire Talla Sylla. Durant le Ramadan, M. Sylla a procédé à quelques modifications dans la charpente organisationnelle de l’opération. Cela s’est fait avec des concertations menées avec tous les acteurs concernés. L’objectif était d’avoir le meilleur schéma permettant de poursuivre efficacement l’activité tout en tenant compte de la spécificité du mois béni. Daara, repaire de bandits « Les repas sont convoyés quotidiennement vers les Daaras avec toutes les conditions requises dans le cadre des mesures préventives édictées par les services de santé », a expliqué M. Sylla. Malgré cette démarche, M. Talla Sylla, qui avait prévu un tel scénario, déplore le fait qu’il y a encore beaucoup de talibés dans les rues. « Parmi les Daaras, il y a des repaires de faux Serigne Daaras et de bandits. Ils n’ont rien à voir avec la religion et l’enseignement coranique. Ils se servent de la tendance naturelle des citoyens à confier leurs enfants à des chefs religieux pour s’adonner à des pratiques inacceptables », fait savoir Talla Sylla. Dans le cadre de l’inclusion,

Talla Sylla se veut catégorique : « Nous voulons les prendre en compte et les prendre en charge. Nous parlons chaque fois de vivre ensemble, mais cela requiert l’inclusion. Ce qui n’est pas possible quand des enfants sont exclus. Ces enfants, au-delà d’être une cible vulnérable, sont aussi une cible très mobile, se déplaçant de maison en maison, de service en service, de marché en marché. Dans ce contexte de transmission communautaire, s’ils ne sont pas confinés dans les daaras, il y a un énorme risque et ce qui s’est passé à Ziguinchor en est une parfaite illustration. C’est pourquoi, il est hors de question de permettre à de faux Serigne Daaras de gâcher l’énorme travail qui a été fait jusqu’ici », menace le maire de Thiès.

Financement de l’opération

Pour le financement de l’opération, il confesse qu’il y a un problème de ressources propres. Avant d’ajouter : « nous nous organisons avec les différents receveurs pour interpeller la Direction Générale de la Comptabilité Publique et du Trésor. Ceci, pour nous faciliter certains décaissements. En effet, beaucoup de fournisseurs pouvant intervenir dans le contexte actuel ont eux-mêmes des difficultés. Mais avec l’organisation mise en place autour d’une équipe assez expérimentée, nous arrivons chaque jour à prendre en charge les besoins des restaurateurs. Maintenant, l’appui qui pourrait venir de l’Etat et des bonnes volontés permettra à coup sûr de poursuivre cette opération tant que ce sera nécessaire », fait savoir M. Sylla. Le maire défend l’idée selon laquelle les enfants doivent être protégés, assistés conformément aux dispositions relatives aux droits de l’enfant. Aussi, il aspire à améliorer leur cadre de vie ainsi que leur condition d’existence. « Même si la pédagogie et le cadre diffèrent des autres enfants issus des écoles françaises, nous tenons à lutter contre la discrimination en tentant d’éradiquer l’exploitation des jeunes talibés dans les maisons quand ils viennent faire leurs aumônes quotidiennes », argumente le maire. « Les problèmes des enfants sont pluriels. Ils subissent les difficultés rencontrées au niveau national. La plupart de ces enfants, leurs mamans n’ont pas de revenus. Il y a également une catégorisation qu’on peut faire en mettant en priorité les « enfants de la rue » pour ne pas en faire des « « fils de rue ». Un enfant, sa place n’est pas dans la rue. Il n’a pas à tendre la main pour vivre. En décembre, avec le froid glacial, nous tous sommes couverts et bien à l’abri du froid. Mais en ce moment où sont les enfants- talibés ? Ils sont là, mal habillés, mais ça ne nous choque parce que nous pensons que ce sont de ‘’simples enfants-talibés’’. Nous devons mettre au-devant le fait que ce sont des enfants avant d’être des talibés », fait-il remarquer.

M. Sylla tient à mettre un terme, et de manière définitive, à l’errance des enfants dans les rues jusqu’à des heures tardives. De ce fait, il n’a pas hésité à recevoir en audience des talibés, « des citoyens comme les autres », pour discuter avec eux de leur problème dans le cadre de son programme de protection et de sécurisation des enfants de la rue. Il reste d’avis qu’une société qui avance est une société qui respecte les droits de tous et de chacun. « Nous aurons les réponses à nos questions si les problèmes sont bien posés et si la concertation est sincère et permanente. Les moyens de résoudre nos équations nous les trouverons ensemble et dans un parfait élan de solidarité. Le travail abattu sur le terrain depuis de longues années, les expériences et les bonnes pratiques qui sont utiles à la société doivent être capitalisés pour une meilleure prise en charge des enfants défavorisés », dit –il pragmatique. Son programme, il le perçoit comme un concept innovant de solidarité, une formule qui peut constituer un remède susceptible de sortir les talibés du cercle vicieux de la marginalité et de la vulnérabilité. Un maillon du mécanisme de solidarité et de prise en charge de l’enfant par la communauté avec l’appui des pouvoirs publics, notamment les collectivités locales. « La communauté doit être mobilisée autour de la protection de l’enfance en compagnie des institutions sociales, politiques et religieuses pour la mise en oeuvre d’une synergie pour une prise en charge effective des enfants », pense –t-il. Babou Cissé, président régional des Serignes Daahras de Thiès, par ailleurs président de la Fédération des maitres coraniques du Sénégal, dit être en phase avec le projet du maire de Thiès. Ce d’autant qu’il n’est nullement dit que pour maîtriser le Coran, l’enfant doit mendier. L’Islam, recommande plutôt une bonne protection des enfants. Il reste convaincu que les concernés sont prêts à quitter les rues s’ils sont mis dans de bonnes conditions.

Cheikh CAMARA LE TEMOIN

 

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