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MEDINA FALL, TIHIES : NON À UN NOUVEAU MBEUBEUSS, VERITABLE BOMBE ÉCOLOGIQUE

La décharge de ‘’Mbeubeuss ‘’que le maire de la zone nord de Thiès veut implanter à Médina Fall, quartier historique, représente, à n’en pas douter, une vraie bombe écologique. Pourtant, l’expertise est là pour que les conséquences désastreuses qu’entrainerait cette forfaiture ne soient pas subies par les populations.

Avec une population estimée entre 60.000 et 80.000 âmes, Médina Fall est l’un des quartiers les plus populeux de Thiès. Il concentre plus de la moitié de la population de la Commune d’arrondissement de la Zone Nord. A ce jour je n’ai vu aucune décharge officiellement implantée par les équipes municipales précédentes et présentes. Elles ont été toujours été soit sauvages, soit insolites, au grand malheur des riverains.

Il faut rappeler que la décharge en service en ce moment est au cœur des habitations. Le ballet journalier des charretiers qui y déposent, sans autorisation et sans conscience aucune des normes en matière de tri, des ordures de toutes sortes dans un lopin de terre entouré par des habitations et parcelles en construction, est un spectacle plus que désolant.  Chaque année, cette décharge sauvage gagne du terrain vue la quantité d’ordures ménagères ramassée auprès d’une population à démographie galopante.

Il urge de songer à une délocalisation de la décharge et de la mettre hors d’état de nuire d’autant plus qu’elle jouxte le plus grand centre d’instruction islamique du quartier (le Dahra de Serigne Boubou), le Lycée de Médina Fall, le Collège de Médina Fall et la Case des Tout- Petits. Le Dahra en question interne 218 pensionnaires sur un effectif de 313 mômes. Il est clair ainsi qu’une bonne partie des petits bouts de chou de Médina Fall est constamment exposée á la toxicité et à la pollution liée au danger d’un tel environnement. La délocalisation aiderait alors les populations à échapper aux nombreux périls qui les guettent. En ce futur Mbeubeuss, je vois un Hiroshima de type nouveau, qui aura pour victimes principales nos enfants, nos femmes enceintes et nos personnes âgées, appartenant aux couches les plus vulnérables.

Vous comprendrez alors, M. le Maire, que le projet de faire de cette décharge sauvage une officielle n’est pas le bienvenu. Les raisons évoquées plus haut sont, à elles seules, largement suffisantes si l’intérêt supérieur de vos administrés prime sur tout autre.

Au-delà de ces appels charitables du pied, je vous renvoie au en code  de L’environnement, dans son Titre II, Article L9 qui indique clairement ceci : ’ Sont soumis aux dispositions de la présente loi, les usines, ateliers, dépôts, chantiers, carrières et, d’une manière générale, les installations industrielles, artisanales ou commerciales exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et toutes autres activités qui présentent soit des dangers pour la santé, la sécurité, la salubrité publique, l’agriculture, la nature et l’environnement en général, soit des inconvénients pour la commodité du voisinage’’.  Par conséquent, cette décharge est de ‘’première classe’’ et ‘’présente de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts visés à l’article L 9’’. Toujours, selon le code de l’Environnement, les installations de ‘’première classe’’ doivent être ‘’sur un rayon de 500 m au moins, des habitations, des immeubles habituellement occupés par des tiers, des établissements recevant du public et des zones destinées à l’habitation, d’un cours d’eau, d’un lac, d’une voie de communication, d’un captage d’eau.’’ (Titre II, Article L13).

  1. Le Maire cette clause de 500m de radius à elle seule disqualifie l’implantation de cette décharge officielle. Nous demanderons l’arbitrage du Ministre de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène Publique non seulement pour la délocalisation de cette décharge par les services municipaux et l’implantation d’une officielle pour les 19 quartiers de la Zone Nord de Thiès dans un endroit approprié et dans le strict respect des normes de destruction, de recyclage et d’enfouissement en vigueur partout où la dignité des populations est une priorité.

Le foncier des communes peut aussi servir pour la construction et l’implantation de services et d’espaces qui participent à l’épanouissement de notre cadre de vie. Hélas, la boulimie foncière dans nos communes nous force à vivre avec nos déchets et ordures dans la plus grande promiscuité.

Médina Fall ne sera pas un dépotoir d’ordures pour toute une commune d’arrondissement. Votre ministère est en charge de l’Hygiène de toutes les sénégalaises et sénégalais. Nous vous demandons ainsi de sortir des limites de la capitale et de constater qu’en tout cas dans la commune de la Zone Nord de Thiès et peut-être bien dans toutes les communes de Thiès, il manque un système de ramassage de nos ordures. J’ose espérer que cette situation n’est pas symptomatique de ce qui se passe dans les autres villes du Sénégal. Mais, dans tous les cas, et si je dois crier plus fort, je dirais au Président de la République que les sénégalaises et les sénégalais vivent concrètement dans les communes, les quartiers et rues du pays, mais leurs moindres préoccupations sont fièrement ignorées par les élus locaux. Est- ce vraiment possible aujourd’hui, de vivre dans un pays du monde où il n’existe pas un système de ramassage et de traitement d’ordures ménagères á l’heure où sous d’autres cieux ce secteur est une manne financière et génératrice d’emplois. Une étude récente du Bureau Européen de l’Environnement confirme que l’économie circulaire pourrait générer 300.000 emplois en Europe. Le ‘’recycle and reuse’’ est aujourd’hui le pilier de l’économie dans les pays développés. Je suis un professionnel du secteur et bien placé pour vous dire qu’on est encore au Sénégal des mendiants assis sur une mine de déchets-OR.  Mais sur un plan simplement humain, le Sénégal serait certainement au banc des accusés en violation grave des ‘’Principes- Cadres’’ ‘’relatifs aux droits de l’homme en ce qui concerne la jouissance d’un environnement sûr, propre, sain et durable’’

Quant au projet du maire, je vous laisse par vous-même apprécier la teneur scientifique et me mets en même temps à sa disposition seulement en tant que simple administré pour apporter mes idées sur la question.

J’invite solennellement M. le Maire de la zone nord à ne pas rompre le dialogue dans la mesure où le management des collectivités locales, à l’ère des États modernes et des démocraties majeures, commande un esprit d’ouverture et de concertation, sans lequel la relation entre administrés et administrateurs risque d’être conflictuelle. Parcourez encore le même code de l’Environnement en son Chapitre I, vous y verrez une invitation dans ce sens : ‘’ Participation des populations : engagement des populations dans le processus de décision. La participation des populations comprend trois étapes dont l’information, la consultation et l’audience publique’’

 

Meleye Seck
Président du Mouvement Alliance des Bâtisseurs.
contact@lesbatisseurs.sn

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