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2e jour du procès des «Thiantacones: Entre aveux et révélations

Le procès des « Thiantacones » s’est poursuivi, hier mercredi, avec l’audition des accusés. Une dizaine d’accusés se sont succédé à la barre de la Chambre criminelle du tribunal de grande instance de Mbour. Le fait marquant de la journée est l’aveu de l’un d’eux qui a reconnu avoir tiré sur le défunt Ababacar Diagne.

La reprise du procès des thiantacones, hier, a été marquée par la suite de l’audition des accusés. Serigne Khadim Seck, un des leurs, s’est présenté devant le prétoire le matin. Au cours de son interrogatoire, il a reconnu avoir tiré sur l’une des victimes, en l’occurrence Ababacar Diagne. Cependant, il a essayé de donner sa vérité des faits pour tenter de se soustraire à l’action de la justice. « Lorsque je suis arrivé à la maison du Cheikh, il y avait beaucoup de personnes et beaucoup de vacarme. J’ai pris la carabine pour faire des tirs de sommation. J’ai tiré trois coups en l’air, et la 4e par inadvertance. Il faut dire que c’est ce tir qui est parti avant que je n’ajuste l’arme », a-t-il dit. Le juge l’a coupé pour lui dire que les témoins ont indiqué qu’il tirait en direction de la foule. « Les témoins disent que vous que vous avez tiré sciemment. D’autres disent que vos compagnons vous ont dit de tirer vers la foule et non en haut », a dit le juge. Ce que l’accusé a balayé d’un revers de main. Sur la provenance de l’arme, l’accusé de rétorquer : « c’est Béthio qui m’a remis la carabine en 2012, je l’avais gardée dans la cuisine. il me l’avait remise pour veiller sur les troupeaux de bœufs. Lorsque j’ai tiré, je ne savais pas que Ababacar avait perdu la vie. J’ignorais que la balle avait atteint une cible et c’est plus tard que je l’ai su ». Toutefois, il a aussi reconnu à la barre avoir détenu une arme sans autorisation administrative. A noter que le mis en cause a donné plusieurs versions différentes. A sa suite, Mame Balla Diouf, un autre accusé, s’est présenté à la barre. Il a confié : « j’étais dans la maison sur un chantier en train de construire (coffrage). Quand la bagarre a éclaté, j’ai arraché les gourdins des mains des talibés car je mesurais les dégâts que ces gourdins peuvent occasionner. Samba Ngom et moi ne faisons pas partie des commandos. Mais, c’est pour la bonne cause que je travaille au profit du cheikh ». A l’enquête, il avait soutenu qu’il avait un gourdin qui a été arraché de ses mains.

Accusé S. Ngom : « Cheikh m’avait confié un pistolet »

Par la même occasion, l’accusé Serigne Saliou Barro a répondu aux questions du tribunal. Il a indiqué que l’arme qu’il détenait n’était pas celle qui a tiré. Le constat fait par les gendarmes a permis de savoir que cette arme provenait de Touba. Pourtant, Khadim a soutenu que l’arme lui a été remise par l’intermédiaire d’un certain Aly. Ce qu’il a contesté à la barre. « Quand je suis arrivé, j’ai entendu des coups de feu. Perturbé, j’ai demandé ce qui se passait. Quelqu’un m’a révélé qu’ils ont été attaqués par un groupe armé de gourdins et j’ai formellement identifié Mamadou Guèye dit Pape Malaka ». L’enquête atteste que Serigne Saliou jouait au sapeur-pompier lors des échauffourées. Il a aussi indiqué devant les enquêteurs que Demba Kébé a sommé les talibés d’attaquer alors qu’il tentait de calmer les parties antagonistes. Mamadou Hann dit Pape, chauffeur de Béthio, aussi entendu par le tribunal, a martelé : « je suis conducteur du pick-up mono cabine. Quand je suis arrivé, il n’y avait plus de bagarre. Les experts n’ont pas vu de traces d’Adn et le véhicule n’est pas le celui qui a transporté les cadavres ». Il révèle par la même occasion que la veille, il avait transporté des carcasses de moutons. L’accusé Samba Ngom, également chauffeur du cheikh, a indiqué devant les juges : « Cheikh m’avait confié un pistolet. Il ne m’a rien dit, juste que je devais le garder pour lui. L’arme, je l’ai confiée à mon gendre parce que je n’ai pas d’autorisation. Je ne fais pas partie des commandos. Je pense que si j’ai été inculpé dans cette affaire, c’est tout simplement parce que je n’avais aucune information relative à cette bagarre à livrer aux enquêteurs », a-t-il dit.

B. Diouf : « je reconnais avoir déplacé et enterré les corps à 800 mètres de la résidence »

Mame Balla Diouf a dit aux juges : « les commandos, chevilles ouvrières de Béthio, travaillent jusqu’à 3 heures du matin. Même ton épouse ne peut pas te voir. Comment quelqu’un qui n’a pas de temps peut être à l’origine d’une bagarre ? Pour Demba Kébé, tous ont dit qu’il était le plus engagé et qu’il a donné l’ordre aux talibés d’attaquer le groupe de Bara Sow. Ce qu’il a contesté à la barre. Mame Balla Diouf revient à la barre pour déclarer en réponse au tribunal : « on s’est relayé pour creuser la tombe ». « Qu’est-ce que ça fait dans ta conscience à enterrer tes frères musulmans de cette façon ? », a lancé la robe noire. « Après l’enterrement, ma conscience m’a dit que j’ai fait ce que je ne devais pas faire. J’ai décidé de rencontrer Cheikh Faye pour lui dire ce qui s’est passé, mais je ne l’ai pas vu. J’ai tenté de rencontrer le cheikh, en vain. Je suis resté jusqu’au lendemain et lorsque les gendarmes sont arrivés, je me suis rendu ». Sur une question de savoir d’où venait le sang, l’accusé a indiqué : « j’avais éprouvé un sentiment de commisération à l’endroit de la dame qui avait un couteau. Je l’ai fauchée et son front en sang a tacheté mon T-shirt jaune moutarde. Et, c’est ce sang qui a été à l’origine de mes déboires judiciaires. Par ailleurs, j’ai trouvé le cheikh la nuit. Il était en train de soliloquer. J’étais au courant des relations tendues, c’est moi qui rédigeais les plaintes ». Poursuivant, l’accusé a reconnu avoir déplacé et enterré les corps à 800 mètres de la résidence. Un acte qu’il dit regretter. L’audience est suspendue et va reprendre ce matin.

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